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Article #306

Le temps de sortir du sous-marin jaune

#306
From: Gilles Pelletier
Date: Sat, 21 Mar 1998 00:00
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Une longue r�ponse �
"Guy" <emma@saglac.qc.ca>
dans un fil originellement intitul�: Le Masque de Fer (Version 98)

>J'ai jamais pr�tendu que le techno �tait de l'art. C'est un
>conditionnement physique, oui, exactement. 

D�j�, je constate que tu ne dis plus la �musique� techno. Je suppose qu'on
a fait un pas.

Techno: un conditionnement physique sur un beat, disais-tu. 

D'abord comprends bien que ce qui suit n'a pas �t� �crit pour te faire la
le�on, mais plut�t pour la faire aux gens de mon �ge qui ont bien vite
oubli� de t�moigner de ce qu'il ont v�cu et de se battre pour la vie.
Comprends aussi que danser sur du techno est sans doute mieux que de ne pas
danser du tout, mais il y a mieux, et il faut l'exiger et se le donner.


Moi aussi, j'ai dans� juste sur du beat, sans aucun instrument... autre
qu'une quizaine de tam-tams.

Tout cela avait commenc� chez un ami. Des amis de l'ami �taient venus fumer
un petit p�tard (pas du san-semilla hydroponique, mais du Qu�b�cois qui n'a
pas eu le temps de fleurir) et comme il s'en allaient ensuite � une place
�ben l'fun�, nous avions suivi.

C'�tait un tout petit caf� sur Ontario pr�s de St-Hubert. (Aucun alcool,
donc.) Une douzaine de percussionnistes �taient r�unis autour du fils de
Michel S�guin et d'un certain Yaya Diallo, et quelques filles noires
dansaient en ligne des danses africaines au milieu du cercle.

Les amis �taient all�s se ficher, assis par terre,  � l'arri�re de la
salle. Quant � moi, au bout de trois secondes, les souliers et le chandail
avaient vol� en l'air et c'�tait parti mon kiki.

�a n'avait vraiment pas de bon sens, cette place-l�. On se d�menait
tellement et il faisait tellement chaud que la sueur nous partait en gerbe
du bout des doigts.

T'as une id�e, Guy, comment �a peut d�boubler les triples croches, 15
tam-tams? Mon vieux, t'en as assez de beats, que tu peux t'en mettre jusque
sur les derni�res phalanges, jusqu'au bout des oncles et, au-del�,
jusqu'aux �toiles.

� un moment donn�, on n'�tait plus tout � fait l�. C'�tait l'enfer, quoi!
Tu sais ce que c'est l'enfer? L'enfer, c'est quand t'es vid�, que tu n'en
peux plus, que tout le monde a dit qu'il fallait prendre une pause et que,
tout doucement, en catimini, un des percussionnistes commence � montrer un
p'tit beat �ben l'fun� � son voisin, qui essaye �a � son tour, et l'autre
voisin se met � d�doubler le rythme et au bout de 15 secondes, c'est
reparti mon kiki.

� un moment donn�, �a n'allait plus du tout. C'est comme quand, apr�s avoir
fait l'amour, t'as l'impression qu'il t'est pass� un boulet de canon entre
les deux oreilles et que ta blonde te dis �encore�. Tu dis �Aye, pitoune,
si on prenait un p'tit break?�

Alors, l�, on a d�cr�t� que le premier qui touchait � sa peau de tam-tam
pendant la pause, on le sortait de la salle et on le crucifiait. Point � la
ligne. C'est ainsi que nous avons r�ussi � prendre une pause de 15 minutes
sur les trois heures. Les condamn�s avaient le temps d'aller se chercher un
verre d'eau.

Alors, tu vois, quand, bourr�s d'ectasy, les jeunes dansent sur du technono
qui r�p�te les m�mes 4 mesures pendant toute la toune, il me semble que �a
fait un peu militaire. J'ai d'ailleurs souvent remarqu� que, dans les
discos baboum-baboum, les danseurs ont l'air perdu losrque commence le
solo. Le disk jockey a beau faire tout son possible pour "equaliser" avec
le plus de basse possible, les gens arr�tent de danser.

Alors, tout �a pour dire quoi? Que nous, on �tait les seuls vrais et que
les jeunes aujourd'hui ne pigent rien � rien? H�, mon vieux, tu n'as qu'�
aller voir mon texte sur les ann�es folles
(http://www.cam.org/~gp/siecle.html) pour comprendre que, pour �tre perdus,
on pouvait l'�tre plus. Mais il y avait une chose dont nous �tions (trop)
certains, c'est que nous ne ferions jamais comme nos parents. Et c'est tr�s
important d'avoir ce sentiment en soi, particuli�rementn aujourd'hui.

Nous, nous avons eu la chance de prendre le syst�me par surprise.
Maintenant, le syst�me, il s'est ressaisi, et d'autant mieux que ses
mandarins connaissent bien �the name of the game� puisqu'ils en ont
d�cortiqu� tous les m�canismes pour la d�noncer. Alors, si les jeunes
continuent � plier et � se couler dans le moule, c'est la fin.

Il faut r�apprendre � protester! Et ce ne sont pas les sujets qui manquent:
les guerres Nintendo men�es pour le sacro-saint p�trole, des �coles-prisons
o� les planqu�s contredisent syst�matiquement tous les principes des
humanistes (dont ils se disent pourtant les fid�les disciples), Microsoft
qui est en train d'enr�gimenter toute la cr�ativit� informatique (voir:
http://www.netaction.org), etc.

Tu me diras que c'est un m�chant contrat, mais vous poss�dez actuellement
de moyens dont nous n'osions r�ver. Nous, nous n'�crivions pas sur
l'internet pour �tre distribu�s � travers le monde: on se comptait chan�eux
quand on distribuait 1 000 copies de notre journal � travers... le
voisinage. Tu vois ce que je veux dire? Il y a Microsoft, mais il y a aussi
Linux, il y a le pire et il y a le meilleur.

Et puis, les choses sont souvent moins compliqu�es qu'on le croit. Le jour
o� vous en aurez assez du techno, il n'y a qu'� aller chercher le fils du
fils de S�guin. Et, si les trois quart d'une classe disent qu'ils ne
veulent plus voir tel prof qui les fait chier avec sa science dig�r�e
d'avance, qu'ils veulent quelqu'un qui �crit, qui �produit� des choses qui
les inspirent, qui sait les impliquer dans un projet, qu'est-ce qui, au
juste, pourrait emp�cher qu'ils se d�barassent du prof?

Il faut que les jeunes prennent conscience qu'ils ont la force d'agir, que
la vie ne se planifie pas et que son seul sens est de se battre pour elle
jusqu'� en mourir. Pour reprendre l'all�gorie de Yellow Submarine, il est
temps pour vous d'ouvrir le sas et de rencontrer le monde face � face...
mais tous ensemble.

>Parce que qu'ils pensent que c'est ce que veulent lire les lecteurs.
>La mission premi�re des journaux est de vendre des journaux;
>l'information, c'est l'accessoire. 

Voil� justement quelque chose qu'il ne faut pas accepter.

GP
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�Laisse tomber le journalisme! Tu le sais comme moi, de nos jours, il y a plus d'argent � faire � mettre l'encre sur le papier qu'� mettre les id�es dans l'encre.� (Extrait de �Bonne Journ�e pour Charlot!�)
http://www.cam.org/~gp/charlot.html ou http://www.mmic.net/users/gillesp/charlot.html
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