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Started by erictoulouse
Thu, 11 Jan 2007 18:05
La science, en retard sur Spinoza et Brunner
Author: erictoulouse
Date: Thu, 11 Jan 2007 18:05
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La science, en retard sur Spinoza et Brunner Dans son n° 2200 du 4 janvier 2007, le nouvel Observateur a publié un dossier intitulé « Quand les animaux pensent », dont le principal intérêt est d’attirer l’attention sur la pensée philosophique de Spinoza et de Brunner, qui devançait la science dans ce domaine, respectivement de plus de trois siècles pour l’un, et de près de cent ans pour l’autre. Compte tenu de la suppression d’une partie de l’article en raison de sa longueur, l’auteur écrit notamment : « Plus fort que les Fables de La Fontaine Quand les animaux pensent… Pendant longtemps, on les a considérés comme des automates biologiques guidés par leurs instincts. Mais de récentes découvertes scientifiques ont bouleversé cette conception. Elles montrent que les bêtes ont une « culture ». Une vie sociale, une subjectivité, une forme de conscience. Michel de Pracontal et Jacques Julliard expliquent pourquoi cette révolution nous oblige à repenser notre rapport au monde. Un jour de 1953, il s'est produit, sur une plage de l'île japonaise de Koshima (ou Kojima), au large de Kyushu, un petit événement qui, à terme, allait révolutionner notre vision du monde animal : une jeune femelle macaque a eu l'idée de laver dans l'eau de mer une patate douce avant de la manger. Or cette pratique hygiénique n'était nullement dans les habitudes des macaques, qui avaient toujours englouti leurs patates sans se soucier du sable ou de la terre adhérant à la peau. La jeune femelle réalisa que la patate était bien meilleure lavée. Elle se débrouilla pour faire part de sa découverte à ses congénères et, au bout de quelque temps, toute la troupe s'était mise à laver les patates, à l'exception des vieux mâles qui, chez les macaques comme chez les humains, sont peu enclins à la nouveauté. A l'époque, parler de « culture » à propos d'animaux semble aussi saugrenu que si l'on proposait la candidature d'un baudet du Poitou à la présidence des Nations unies. Pour 90% des éthologues, les scientifiques qui étudient le comportement des êtres vivants, l'animal est un automate biologique guidé par ses instincts, eux-mêmes programmés dans les gènes. Konrad Lorenz, le fondateur de l'éthologie moderne, vulgarise ces conceptions dans des best-sellers comme « l'Agression. Une histoire naturelle du mal » (1969). C'est l'époque où les rats de laboratoire courent dans des labyrinthes, où Henri Laborit propose « la Nouvelle Grille » biologique - avant que ses idées ne soient portées à l'écran par Alain Resnais dans « Mon oncle d'Amérique » (1980) - et où Desmond Morris remporte un succès mondial avec son livre « le Singe nu » (1967 en anglais, traduit en français en 1971). Morris étend à l'homme le déterminisme biologique et nous exhorte à mieux accepter le singe en nous, dans une perspective à la fois darwinienne et étroitement bornée par la vision extrêmement réductrice que l'éthologie donne de l'animal. Il décrit « le Singe nu » comme la marionnette d'instincts vieux de millions d'années, ce qui revient à nier la culture humaine elle-même. Comment un automate pourrait-il avoir une culture ? Or, en une génération, la perspective s'est totalement renversée, ce que n'imaginaient sans doute pas les primatologues de Koshima. Autrefois marginale, l'expression « culture animale » est désormais quasiment un lieu commun de l'éthologie. Les grands singes ne sont pas les seuls animaux « cultivés », loin de là . Hal Whitehead et Luke Rendell, chercheurs à l'université Dalhousie, Halifax (Canada), se déclarent convaincus que les cétacés ont une «culture» et des «traditions», évoquant même une «société multiculturelle» dans le cas des orques (organisés en groupes, ils cohabitent mais utilisent des «dialectes» distincts). Rosemary et Peter Grant, spécialistes des pinsons de Darwin, ou géospizes, parlent de «transmission culturelle du chant» chez cet oiseau des Galapagos qui, selon la légende, aurait inspiré à Darwin sa théorie de l'évolution, à l'automne 1835... Et le 14 juillet dernier, la revue américaine « Science » donne les honneurs de sa couverture au suricate, une sorte de petite mangouste qui, apprend-on, enseigne à ses petits l'art de capturer une proie. On pourrait multiplier les exemples. Mais comment les animaux peuvent-ils avoir des cultures et qu'est-ce que cela signifie exactement ? Si l'on prend l'idée au sérieux, cela implique que l'animal a non seulement une vie sociale, mais une subjectivité, une capacité propre à ressentir et à « réfléchir », une forme de conscience. Considérer ainsi les animaux est une révolution, comme le souligne le philosophe et éthologue Dominique Lestel : «Peu de gens réalisent à quel point nos représentations de l'animal ont été bouleversées en trente ans, y compris par les éthologues eux-mêmes. Cette transformation est du même ordre que la révolution quantique en physique dans la première moitié du XXe siècle, ou celle de la révolution de la biologie moléculaire dans la seconde moitié de ce même siècle : l'animal est devenu un sujet, non pas parce que nos projections populaires et affectives nous le font voir ainsi, mais parce que les travaux scientifiques les plus modernes ne nous laissent pas le choix.» Ce point est crucial : l'éthologie n'est pas en train de réinventer les Fables de La Fontaine ou, pour prendre une comparaison plus actuelle, l'âne désopilant de « Shrek » et les poissons mafieux de « Gang de requins ». En effet, la conception courante de l'animal reste largement anthropomorphique : nous prêtons volontiers à nos chiens et à nos chats des sentiments, des qualités, des émotions que nous pourrions ressentir. Or dire que l'animal est un sujet ne signifie pas qu'il l'est à la manière humaine, et c'est en cela que le concept de culture animale est novateur. «L'éthologie de ces dernières années a opéré une formidable révolution scientifique qui reste en partie occultée», souligne Dominique Lestel. Essayons de retracer les étapes qui ont conduit à cette révolution. A l'époque où les chercheurs japonais observent les macaques de Koshima, la conception de l'animal automate est archi-majoritaire, et les idées dissidentes ont peu de chances d'être entendues. Mais c'est précisément à ce moment de triomphe du réductionnisme biologique, entre la fin des années 1960 et le début des années 1970, que deux grands mouvements scientifiques vont tout chambouler. Le premier est l'éclosion des sciences cognitives et de l'intelligence artificielle, dont le double projet est de comprendre comment fonctionne l'esprit et de construire des machines capables de penser. Ces recherches impliquent qu'une intelligence n'est pas forcément humaine. Mais peut-on accepter qu'une machine soit considérée comme potentiellement intelligente, voire consciente, et qu'un mammifère évolué soit réduit au statut d'un automate esclave de ses instincts ? D'autant que les robots-tortues ou souris issus de l'intelligence artificielle sont très loin d'égaler ou même de simplement approcher ce que les animaux naturels réalisent sans effort. Cela reste vrai trente ans plus tard : les chiens électroniques réalisés notamment par Sony sont des jouets amusants, mais les comparer à des chiens réels est une plaisanterie. En résumé, l'intelligence artificielle n'a pas réussi à produire des machines dont les capacités puissent se comparer à celles d'un animal évolué. Et elle n'est pas près de le faire. Cette déception a fragilisé la thèse selon laquelle l'animal lui-même était une sorte de machine. En même temps, la recherche sur les ordinateurs a donné corps à l'idée que l'homme n'est pas au centre de toute vie mentale et qu'il peut exister des intelligences, voire des consciences, non humaines. Mais à quoi pourraient-elles ressembler ? En 1974, le philosophe américain Thomas Nagel publie un célèbre article intitulé « Quel effet cela fait d'être une chauve-souris ? ». Nagel pose le problème de savoir si un sujet humain peut ressentir l'expérience vécue par la chauve-souris. Concluant par la négative, il donne tout son relief à la notion que nous ne sommes pas, au moins en théorie, les seuls à pouvoir penser de manière consciente. A la fin des années 1970, l'éthologue américain Donald Griffin soulève le problème dans le contexte du comportement animal : faut-il continuer à soutenir que les animaux sont téléguidés par des instincts innés alors même qu'on les voit faire preuve d'une astuce remarquable ? Griffin cite de nombreux exemples frappants, des papillons de nuit, qui se mettent brusquement à voler dans tous les sens lorsqu'ils détectent l'approche d'une chauve-souris, au pluvier, un oiseau échassier qui fait semblant d'être blessé pour éloigner les prédateurs de son nid. Sans oublier les mésanges qui découvrirent dans les années 1930, en Angleterre, qu'elles pouvaient percer les capsules des bouteilles de lait livrées sur le pas des portes des maisons et siffler la crème... Griffin pose une question incontournable : dans la mesure où le cerveau du pluvier est constitué des mêmes éléments de base que celui de l'homme, neurones et synapses, pourquoi considérer sa manœuvre comme un réflexe programmé alors que l'équivalent humain serait qualifié de ruse stratégique ? » [Michel de Pracontal, Le Nouvel Observateur] Cet article conduit à admettre la vérité du « omnia animata quamvis diversis gradibus » spinoziste, ou « Tout pense, mais pas à la manière humaine » de Brunner. Toutefois, restons-en aux animaux, dont j’écrivais dans le texte « A propos de vraie philosophie » : Cet article conduit à admettre la vérité du « » spinoziste, ou « Tout pense, mais pas à la manière humaine » de Brunner. Toutefois, restons-en aux animaux, dont j’écrivais dans le texte « A propos de vraie philosophie » : « Pour la religion et la scolastique idéaliste, comme pour la doctrine matérialiste, il n'y a de monde que le monde humain, puisqu’elles ne connaissent et ne reconnaissent qu'un seul monde, le nôtre. Pour ces doctrines, tout ce qui constitue notre environnement n'est là que pour le décor ou pour satisfaire nos besoins à des titres divers ; ainsi, les choses de notre environnement sont-elles considérées comme des "choses-objets" pour notre usage, mais pas comme des choses pensantes, des « êtres-pensants » au même titre que nous. Et pourtant ils pensent aussi « leur » monde relatif, c’est à dire en relation à « leur » entendement spécifique. Penser n'est pas une exclusivité que l’Absolu, le Penser absolu ou Pensant, aurait réservée à l’être humain. Evidemment, chaque entendement pense à sa manière spécifique, mais ne pense pas à notre manière humaine. Nous ne saurons jamais rien de ce qui est « pensé » par les infinis pensers infinis, ni rien de leur « penser » spécifique. C’est pourquoi la prétendue « Psychologie animalière », censée expliquer scientifiquement l'intériorité animale n'exprime rien de plus que notre « anthropomorphisme », c'est-à -dire notre vision anthropomorphe, en vertu de laquelle l'homme serait la mesure de toutes choses. Or, l’homme n’est pas un empire dans un empire, mais un sujet pensant son propre monde, comme les modes des infinis entendements infinis pensent leur monde spécifique, identique à leur entendement ! Notre entendement est « un » des infinis entendements infinis, et seule notre arrogance anthropomorphe le met à la première place. Puisque nous sommes à la fois juge et partie, personne ne viendra jamais nous contester notre « suprématie autoproclamée »..! Mais, « ça » fait tellement de bien à notre ego de nous croire les premiers de la classe dans la prétendue création..! Pourtant, chaque espèce animale - mais pas seulement, car « omnia animata » - a son monde spécifique, et vit dans un monde différent du nôtre, différent d'une espèce à l'autre, d'un genre à l'autre, puisque chacun des mondes est relatif à chaque entendement particulier. C'est ainsi que le monde et le temps de la mouche, par exemple, ne sont pas le monde et le temps de l'homme, mais pas davantage ceux du requin, qui diffèrent de ceux de l'éléphant, lesquels diffèrent de ceux du vautour, du papillon et autres existences éphémères ou non - et ainsi à l'infini de l'infinité des espèces et des genres, que nous considérons avec notre penser « relatif », qui est donc tout sauf « absolu ». A partir de l’idée, selon laquelle « chaque » espèce ou genre a son propre monde, qui est la manière dont l'Absolu apparaît à son penser spécifique, nous sommes amenés à reconsidérer ce que notre Psychologie scientiste animalière affirme de l' « instinct » des animaux, tous animaux confondus, bien que leurs comportements soient différents d’une espèce à l’autre, d'un monde à l'autre. Il s’agit encore là , purement et simplement, d’une nouvelle expression de notre « anthropomorphisme », qui attribue un entendement, un penser digne de ce nom, seulement à notre espèce, à l’Homme. Encore une fois, notre arrogance fait montre de commisération en tenant en piètre estime tout ce qui n'est pas humain, puisque considéré comme « inférieur » à nous, au lieu de le considérer comme « différent ». C'est notamment le cas du soi-disant « instinct animal », toujours comparé à notre entendement ; et forcément toujours au désavantage de l'animal, supposé agir seulement de manière répétitive, instinctive, machinale, mécanique, selon notre manière d'observation anthropomorphe. Certes, pour les mammifères proches de l'homme, il est difficile de soutenir cette idée de comportement mécanique répétitif devant quiconque a déjà observé la « réflexion » d'un chat ou d'un chien, etc. dans l'intérêt de sa conservation, de son souci égoïste de vivre. Finalement, les animaux ont pour seul tort de ne pas disposer de l'entendement humain : ils seraient tellement plus intelligents..! A voir ! ! ! Une réflexion plus poussée permet à Brunner d'affirmer : « Dans le monde des ânes, c’est-à -dire spécifique à l'entendement de l'âne, l'homme serait le plus sot des ânes » ! Et il n'a pas tort. En effet, de même que notre entendement pratique humain est « identique » à notre monde humain, d’après la proposition VII de Éthique II qui stipule : « L'ordre et la connexion des idées est le même (= identique à ) que l'ordre et la connexion des choses », et qu’il nous sert à vivre et à nous orienter dans notre monde humain, « chaque » espèce ou genre a son entendement propre qui lui permet de vivre et de s'orienter dans le monde spécifique identique à son penser. Nous sommes bien loin de cet instinct mécanique animal, qui est là uniquement pour servir de piédestal à notre intelligence humaine suprême..! Or, nous devrions plutôt revoir à la baisse cet entendement qui nous interdit de saisir « véritablement » le penser de toutes les espèces prises une à une, et qui nous fait prendre le penser animal pour un « vulgaire » instinct. Nous ne saurons jamais rien réellement du penser de la mouche, du crocodile, de l'araignée, du papillon, etc., etc., mais de-là à ravaler leur « penser » au niveau d'un instinct ! Leur entendement joue pour eux le même rôle que notre entendement pour nous, à savoir vivre et s'orienter dans leur monde spécifique. Faute de rien savoir de ces infinis mondes infinis, nous ferions mieux de remettre en question notre « pseudo-faculté » de connaître, de comprendre et d’expliquer « absolument » notre monde et les choses de ce monde avec notre penser relatif, d'où ne peut sortir la Vérité absolue. En conclusion, je me pose néanmoins une question à propos des scientifiques : « Leur avancée concernant le penser des animaux est-elle véritablement dans la lignée philosophique de Spinoza et de Brunner, ou une concession faite à notre anthropomorphisme » ? A suivre..? !
Re: La science, en retard sur Spinoza et Brunner
Author: fda
Date: Thu, 11 Jan 2007 20:40
Date: Thu, 11 Jan 2007 20:40
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