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Started by erictoulouse
Sun, 21 Jan 2007 17:50
Ségolène Royal : "J'ACCUSE !" [Partie I]
Author: erictoulouse
Date: Sun, 21 Jan 2007 17:50
Date: Sun, 21 Jan 2007 17:50
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Le 21 janvier 2007
Objet :
J’ACCUSE :
« Assez de mensonges et de manipulation »
Madame Ségolène Royal
Parti Socialiste
10 rue de Solferino
75007 Paris
Fax : 01 47 05 15 78
[A l’attention de : Arnaud Montebourg, Bertrand Delanoë, Dominique
Strauss-Kahn, Élisabeth Guigou, François Hollande, Henri Emmanuelli,
Jack Lang, Jean Glavany, Jean-Marc Ayrault, Jean-Pierre Chevènement,
Julien Dray, Laurent Fabius, Lionel Jospin, Malek Boutih, Manuel Valls,
Martine Aubry, Michel Sapin, Olivier Duhamel, Robert Badinter et
Vincent Peillon]
Madame,
Je vous remercie de votre lettre du 19 décembre, en réponse à celle
adressée le 20 novembre dernier, mais je ne peux m’empêcher de
regretter la brièveté de votre courrier sans le moindre mot sur le
fond, ce qui est assurément la meilleure manière d’avoir toujours
raison.
Votre lettre ne tient aucun compte de mon développement argumenté sur
les mensonges de la superstition idéologico-moraliste, consistant à
travestir toute vérité seulement relative de notre monde en Vérité
absolue ; et ce, au moyen d’une présentation partielle et mutilée,
donc partisane, faisant ressortir seulement ce qui arrange de multiples
intérêts, et dissimulant ce qui les dérange.
La brièveté de votre réponse, et donc votre non-réponse sur le
fond, m’amène à me demander si ma lettre a été lue entièrement,
ou bien si le préposé à la rédaction du courrier, néanmoins signé
par vous, s’est contenté de répondre après lecture du seul premier
paragraphe, dans lequel je dénonçai la condamnation moralisatrice de
Georges Frêche, comme étant une atteinte à la liberté
d’expression.
Il est vrai que vous avez déjà fourni la preuve de votre tendance à
éviter les débats « contradictoires », et je ne parle pas ici de la
confrontation télévisuelle entre « camarades » socialistes déjà
d’accord pour l’essentiel sur le fond, à savoir la doctrine
fondatrice !
Au préalable, toutefois, pour vous éviter de me taxer par avance d’
« antisocialisme primaire », avant de développer à nouveau mes
arguments contre la superstition idéologico-moraliste, je souligne
avec insistance que ceux-ci ont déjà été largement exposés, non
seulement aux grands leaders socialistes mis en exergue ici, mais
également à nombre de soi-disant « élites » du monde de
l’information, de la politique, de l’intelligentsia et des
associations « droits-de-l’hommiste » dénoncés dans le texte
annexé, Mensonges et lâcheté des élites, dont j’attends toujours
jusqu’ici des objections sur le fond. Je les attends, d’ailleurs,
d’autant plus sereinement que je ne saurais « avoir tout faux »
dans la confrontation de notre penser relatif à l’Absolu – sauf
aux élites dénoncées, voire à vous-même, d’établir le contraire
! Ceci permettrait d’ouvrir enfin le débat confisqué par les
porte-parole de la superstition idéologico-moraliste.
Sur le fond, je souligne que les mensonges évoqués à propos du
moralisme [Morale et critique morale des « Autres », au nom de LA
Morale] sont à l’origine des « condamnations moralisatrices » de
l’époque et de toutes les époques – y compris de l’Antiquité !
-, auxquelles vous n’échappez pas. Ce sont seulement de semblables
jugements moralisateurs qui ont servi à justifier l’empoisonnement
de Socrate, la crucifixion du Christ, l’envoi au bûcher de Giordano
Bruno et l’excommunication de Spinoza, entre autre ; que quelqu’un
me démontre, en effet, la fausseté de leur Parole de vérité : celle
qui n’a pas été pervertie par la superstition populaire !
Eux aussi, en leur temps, furent jugés coupables sur la seule base de
leurs opinions dérangeant des intérêts de toutes sortes. Certes, de
nos jours, le délit d’opinion condamne surtout au bûcher
médiatique allumé par de soi-disant bien-pensant(e)s, toujours aussi
soucieux de leurs intérêts. Aussi, après des millénaires, le même
problème subsiste dans l’ensemble de la société universelle
contemporaine ; forcément, puisque la nature égoïste des humains est
inchangeable, « immuable », en dépit des faux-semblants !
Néanmoins, chez nous, le phénomène « moralisateur » dénoncé
aurait été plutôt aggravé par l’avènement de la gauche au
pouvoir en 1981, puisque la confrontation des idées a été déplacée
du domaine strictement politique, où les divergences d’opinions sont
légitimes, sur le terrain de la morale « droit-de-l’hommiste »,
où les diverses idées exprimées sont censées représenter «
moralement » le Bien ou le Mal, et font donc l’objet de jugements de
valeur partisans.
C’est pourquoi, si je devais avoir des regrets, le plus grand serait
d’y avoir contribué - et pire d’avoir persévéré ! -, malgré
certaines conquêtes sociales que je ne méconnais pas, même si elles
étaient surtout motivées par des préoccupations électoralistes ;
des mesures, d’ailleurs déjà remises en question en matière de
retraite et de temps de travail, par exemple. Toutefois, loin de
conduire à un prétendu « ordre juste », dont je reparlerai, elles
ont laissé perdurer de très nombreuses inégalités, maintenant ainsi
un ordre toujours « injuste », sinon encore plus injuste ; et ce,
vingt-cinq ans après une prétendue « r.r.rupture » (sic) promise
par le candidat socialiste d’alors : une soi-disant rupture, qui
laisse le capitalisme-libéralisme plus triomphant que jamais !
Pour revenir à la controverse initiale, je fais remarquer que votre
recours à de grands mots pour condamner moralement Georges Frêche, en
l’occurrence « incitation à la haine raciale », augure mal de
votre intention, récemment rapportée au cours d’un « Journal de 13
heures » sur France 2, de relever le niveau de la politique. En effet,
pour relever le niveau de la politique, encore faudrait-il que les
responsables politiques, toutes tendances confondues – et pas
seulement les « politiques », d’ailleurs ! -, puissent élever leur
niveau de réflexion intellectuelle, et surtout philosophique, au
dessus de leurs prises de position relatives intéressées en les
confrontant à LA Vérité absolue : celle exprimée notamment par les
grands penseurs évoqués ci-dessus.
Or, votre réponse se résumant à dire comme le premier gendarme ou
policier posté sur le bord d’une route que le règlement, c’est le
règlement, montre que vous êtes encore très éloignée,
intellectuellement et philosophiquement parlant, de vous élever au
niveau souhaité pour changer la politique. J’admets, toutefois, sans
aucune réserve que vous n’êtes pas la seule responsable politique
dans ce cas, car l’exception inverse serait plutôt la règle !
La condamnation moralisatrice « sans appel » de Georges Frêche
suffit néanmoins à attester que la liberté d’expression est et
sera toujours soumise à l’arbitraire alternatif des puissants de
toutes sortes, comme l’a exprimé votre directeur de campagne,
Jean-Louis Bianco, déclarant sans rire sur RMC Info,: « On peut tout
dire, mais il y a des limites » ! ! ! Or, qui en décide, et en vertu
de quel décret divin, c’est-à-dire sur quel fondement absolu ?
Les prises de position du Parlement sur l’abolition de la peine de
mort et sur le Traité constitutionnel européen, par exemple,
témoignent du fossé entre l’opinion et la classe politique, puisque
les points de vue sur ces questions étaient diamétralement opposés ;
mais il est vrai que personne n’avait cherché à consulter le peuple
dans le premier cas, alors que lui donner la parole a donné le
résultat contraire, lors du referendum !
Sur la peine de mort, qui présente du « pour » et du « contre »
comme tout ce qui est humain, il n’y a donc pas davantage de
décision à validité absolue, et je ne peux laisser passer
l’occasion de souligner que, sur cette question, les plus vertueux
abolitionnistes ne sont pas forcément ceux que l’on pense : abolir
la peine de mort, « sauf crimes exceptionnels », comme en Israël, ce
n’est pas l’abolir réellement – les citoyens français partisans
de son maintien ne demandent pas autre chose !
C’est pourquoi, au lieu de la démocratie participative de
circonstance, limitée de facto aux militants et dirigeants concernés
– majoritairement, sauf à vous d’établir le contraire ! -, il
serait préférable d’instituer les referenda d’initiative
populaire comme dans la Confédération helvétique - y compris sur des
questions aussi taboues que l’immigration !
A propos de la liberté d’expression et des limites évoquées par
Jean-Louis Bianco, même le catéchisme soi-disant universel
contemporain ou Déclaration universelle des droits de l’homme n’a
pas réussi à sortir du piège consistant à transformer le relatif en
absolu, c’est-à-dire à transposer l’Idéal dans le quotidien. En
effet, tandis que la Déclaration de 1948 qui, par ailleurs, n’a pas
dû être adoptée à l’unanimité des votants, accorde une liberté
d’expression absolue dans son article 19, elle s’empresse aussitôt
de la restreindre dans son article 29, en la livrant à l’arbitraire
des Etats et de ceux qui « font l’opinion », sans pour autant
dicter moralement le Bien et le Mal ; forcément, puisqu’il n’y a
ni Bien absolu ni Mal absolu – hormis pour ceux qui en décident en
vertu de leurs seuls intérêts de toutes sortes, et c’est votre cas
!
En effet, selon une récente information (Cf. France Info du 13 janvier
2007, journal de 6:30), vous auriez déclaré être « respectueuse de
toutes les opinions » ! Or, compte tenu de votre condamnation
moralisatrice de Georges Frêche, je suis conduit à ajouter : « de
toutes les opinions, à condition qu’elles soient aussi les vôtres
», sinon, vous êtes en contradiction avec vous-même ! En effet, vous
condamnez moralement Georges Frêche dont l’opinion ne coïncide pas
avec la vôtre, alors que, fidèle à votre déclaration, elle devrait
être aussi « respectée » que toutes les autres, c’est-à-dire ne
pas être passible d’un jugement moral, voire d’une sanction
pénale !
Ceci est particulièrement inquiétant de la part d’une candidate -
comme de tout candidat, d‘ailleurs ! - à la magistrature suprême,
dont la fonction devrait impliquer de se tenir autant que possible
au-dessus de toutes les vérités relatives idéologiques et
moralistes, voire religieuses et scientistes, du monde : si vous
évoquez la loi, je souligne que celle-ci ne possède aucune validité
absolue, ni au niveau intellectuel et pratique, ni sur le plan
strictement philosophique, comme cela peut être montré et démontré
!
Prendre conscience de la relativité des idées, qui les conduit
forcément au deux poids, deux mesures, éviterait déjà de prendre
part à des condamnations moralisatrices partisanes, dont certaines ont
révélé récemment la « débilité intellectuelle » de l’époque,
à propos du jugement moral sur le passé colonial de la France.
Une période coloniale, à laquelle ont largement contribué également
de hauts responsables politiques de gauche sous les républiques
précédentes, parmi lesquels François Mitterrand notamment, que vous
avez servi, et qui déclarait, en 1954 : « L’Algérie, c’est la
France » ! Sur ce, cinquante ans plus tard, Georges Frêche est
moralement condamné pour ses propos sur les harkis, pourtant «
traîtres » à la cause nationale algérienne !
En effet, examiné sur le plan strictement intellectuel - et non
moralisateur ! -, force est de constater que, si la cause des harkis
avait triomphé, l’Algérie serait aujourd’hui encore française,
conformément au vœu de François Mitterrand : un détail pour
l’Histoire ! ! ! Je concède que cette erreur historique
d’appréciation n’excuse pas l’emploi du mot « sous-homme »,
comme j’en ai fait part à Georges Frêche ; toutefois, s’il a tort
sur la forme, il a raison sur le fond, comme doivent le penser les
anciens combattants du FLN, plus à même de juger que vous et moi –
sauf à vous de démontrer le contraire, en justifiant les
représailles d’alors en Algérie par une autre raison que «
collaboration » avec l’ennemi !
Au cas où il vous viendrait à l’idée de me reprocher de remuer le
passé, je vous fais observer que je ne procède pas autrement que de
prétendus « indigènes de la République » qui font culpabiliser la
France et les Français, au nom d’un passé révolu de plusieurs
siècles, et remontant même aux croisades – qui dit mieux..? ! Or,
juger le passé avec notre mentalité « droit-de-l’hommiste »
contemporaine est une immense malhonnêteté intellectuelle ; à ce
compte là, en effet, Voltaire, Montesquieu et autres philosophes des
Lumières, pourtant encore encensés aujourd’hui par l’Université,
seraient condamnés aujourd’hui pour « racisme », en raison de
leurs propos sur les « nègres » !
Croyez-vous réellement que la France n’a rien de mieux à faire que
de ressasser le passé, et de se repentir pour des actes qui pourraient
être reprochés pareillement à d’anciennes puissances coloniales
européennes (Espagne, Portugal, Angleterre, Pays-Bas et Italie,
notamment), alors que la pratique de l’esclavage, blâmée à juste
titre - surtout lorsqu’elle était le fait d’Européens ! -,
perdure dans nombre de pays africains et/ou musulmans, dont les
ressortissants viennent pourtant donner des leçons de morale à
l’Occident avec votre onction « victimaire », en particulier ?
Qu’attendez-vous donc pour dénoncer la survivance de ces pratiques,
au risque de perdre votre fonds de commerce électoral ? Et ce, au
mépris du mot de Camus :
« Une seule chose au monde me paraît plus grande que la justice :
c'est sinon la vérité elle-même, du moins l'effort vers la vérité.
Nous n'avons pas besoin d'espoir, nous avons seulement besoin de
vérité » !
Quant à la période coloniale avec ses condamnations moralisatrices
d’aujourd’hui, faut-il manquer totalement de réflexion, en effet,
pour oser admettre officiellement qu’une quelconque chose humaine,
fut-ce la colonisation, pourrait comporter « exclusivement » du
négatif, ou a contrario « uniquement » du positif ! En effet, dans
un monde où tout est relatif – sauf à vous de démontrer le
contraire ! -, « TOUT » présente à la fois du « pour », des
avantages, du positif, et du « contre », des inconvénients, du
négatif !
Dans tous les cas, de manière plus ou moins consciente, et différente
selon la pression des circonstances, chacun prend position en
confrontant les arguments « pour » et « contre » de ses seuls
intérêts égoïstes ; et ce, quels que ces derniers puissent être
pour chacun dans son souci de vivre le plus longtemps et le mieux
possible, en général, et dans ses affaires d’amour, d’argent,
comme moyen de possession, et de gloire ou honneur-vanité, en
particulier !
Seule cette confrontation des arguments et des sentiments « pour » et
« contre » permet à certains de déclarer une chose bonne, et à
d’autres de la déclarer mauvaise, sans que cela autorise quiconque
à parler pour autant de Bien et de Mal absolus : le Bien soi-disant
absolu des uns est le prétendu Mal absolu des autres. Bien et Mal
absolus sont une « impossibilité absolue », philosophiquement
parlant, et ils n’ont par conséquent aucune réalité, car il
s’agit toujours d’un Bien et d’un Mal seulement « relatifs »
par nature, mais fictivement absolutisés ! Il n’y a pas de choses
bonnes ou mauvaises « en soi », comme l’exprime ce mot de Spinoza :
« Nous ne désirons pas une chose, parce qu’elle est bonne, mais
c’est parce que nous la désirons que nous la jugeons bonne » !
De ce fait, aucune vision du monde et de la France n’est légitimée
à se prévaloir d’une validité morale absolue sur quelque question
que ce soit, aussi « taboue » soit-elle, et en aucun cas à juger et
à condamner moralement les Autres - ceux qui pensent différemment !
La vision de la gauche, plurielle ou divisée, fondée uniquement sur
la fallacieuse promesse de « changer le monde », n’y échappe pas
davantage que toute autre !
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