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1 total messages Started by erictoulouse Fri, 08 Dec 2006 12:04
Spiritualité et matérialisme
#55
Author: erictoulouse
Date: Fri, 08 Dec 2006 12:04
581 lines
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Spiritualité et matérialisme

Le 8 décembre 2006

Objet:
« Spiritualité et matérialisme »


Monsieur André Comte-Sponville
Aux bons soins des
Editions Albin Michel
22, rue Huyghens
75014 PARIS
Fax : 01 43 27 21 58

Monsieur,


La publication de votre livre, L’esprit de l’athéisme, me donne
l’occasion de vous rappeler mes lettres des 29 mai 1999 et 28
février 2000 restées sans réponse, mais dont les copies sont à
votre disposition.

Cette correspondance était inspirée par certains de vos propos, tenus
en mai 1999 sur le plateau télévisé de Paris Première, où vous
aviez notamment déclaré :

« La philosophie continue, parce qu’elle a toujours échoué. Le but
des philosophes était de faire entrer la philosophie dans la voie
sûre d’une science. Elle allait devenir aussi certaine que les
mathématiques ; elle échoue à devenir scientifique. Je ne crois pas
qu’on ait raison d’opposer les scientifiques et les philosophes ;
ce ne sont pas deux disciplines qui seraient complètement opposées »


« Depuis quinze ans, je me bats pour le Matérialisme contre le
Spiritualisme » [Fin de citation]

A l’époque, j’avais vivement contesté vos propos, et dénoncé
aussi bien le Matérialisme que le Spiritualisme ou Idéalisme de
Descartes et de Kant, tout simplement parce que ni l’un ni l’autre
ne sont de la philosophie : les prendre pour de la philosophie, c’est
effectivement ne rien comprendre à la philosophie. Il faut entendre
ici le terme « philosophie », dans le sens où Spinoza déclarait
comprendre la « vraie » philosophie, celle de l’absolu UN – et
non « deux » !

Je ne reviens pas ici, de manière détaillée, sur votre assimilation
sans fondement entre la science et la philosophie dénoncée dans le
courrier antérieur. Je me borne à vous rappeler que notre penser ou
entendement pratique regroupe l’expérience des sens, ou imaginatio
spinoziste, source de nos concepts génériques, et le penser des
abstractions (causalité, notamment), ou ratio, à l’œuvre dans la
science. Notre penser ou entendement pratique, ainsi désigné parce
qu’il est « exclusivement » au service de notre vie, traite
uniquement du « relatif », à savoir notre monde humain « relatif
», c’est-à-dire en relation à notre seul entendement pratique
humain, en dehors duquel il n’a pas d’existence.

Le regroupement par Brunner des deux composantes du penser pratique,
imaginatio et ratio, en une seule et même faculté ou genre de
connaissance se justifie par le fait que les deux ne parviennent
qu’à des « vérités relatives », y compris dans la science
jusqu’à son idée ultime du mouvement universel UN. Notre
entendement pratique ne pense les choses de notre monde que dans leur
« relativité », leur réalité relative, même quand il s’agit de
l’espace et du temps, comme je suis tout disposé à le montrer : en
clair, il n’y a ni espace ni temps absolus, de sorte qu’ils
seraient indépendants des choses, sans aucun rapport avec les choses.

Les choses de notre monde, qui apparaissent à l’expérience des
sens, comme semblant être « matérielles » dans leur état solide,
liquide ou gazeux, sont ensuite réduites en mouvement par la science,
qui ôte ainsi leur substantialité, leur matérialité absolue, à
toutes nos choses en constant mouvement ou transformation. Si nous ne
devons nullement douter de leur existence réelle dans notre vie
d’êtres humains, simplement pour pouvoir vivre, comment des choses
aussi illusoires et éphémères fondées sur nos seuls sens,
pourraient-elles être « absolument » réelles ?

Notre entendement global humain ne se limite pas, toutefois, au seul
entendement pratique, qui nous sert à vivre notre « relativité »
humaine, à nous orienter dans notre monde des choses. En effet, à
travers la Philosophie, la Mystique - à distinguer radicalement de la
religion ! - et l’Art, le penser spirituel, deuxième faculté ou
genre de connaissance, pense l’Absolu ou Esprit véritable, quelles
qu’en soient les diverses appellations chez les véritables penseurs
d’Orient et d’Occident.

[Pour clarifier l’expression « véritable penseur », j’entends
par-là uniquement les penseurs de l’UN absolu – pas ceux qui
s’accommodent de « deux » absolus, puisque la coexistence de «
deux absolus », c’est une impossibilité absolue, philosophiquement
parlant.]

Ainsi, chacune des facultés de notre entendement global a donc son
domaine spécifique – on pourrait dire, aujourd’hui, son domaine «
réservé » ! - : le penser pratique pense le relatif, à savoir tout
ce qui est pensé par nous, humains, dans et sur (= à propos de) notre
monde, tandis que le penser spirituel pense l’Absolu. Ces deux
pensers ne sauraient donc être confondus, sauf à mélanger le relatif
et l’absolu, comme il en va dans le penser superstitieux, troisième
faculté de l’entendement, ou penser spirituel perverti, que Brunner
nomme Analogon de l’Esprit ou penser analogique.

La confusion des facultés, penser relatif et penser spirituel, conduit
à la Superstition, dont la caractéristique principale est d’ «
absolutiser le relatif », c’est-à-dire prendre la vérité relative
pour la Vérité absolue ; et ce, dans la religion et la métaphysique
[Matérialisme scientiste, et spiritualisme ou scolastique idéaliste],
sans parler ici de l’idéologie et du moralisme.

Puisque science et philosophie s’occupent de deux domaines distincts
de notre Entendement humain, sauf à vous de contester ce point de vue,
il est donc, non seulement antiphilosophique de les assimiler, de les
confondre, mais de surcroît « absurde » de croire que la science et
la philosophie chemineraient de concert vers une Vérité absolue, donc
éternelle, qui resterait néanmoins encore à découvrir DEMAIN !

[Il est vrai que c’est toujours DEMAIN avec la Superstition dans ses
divers modes d’expression : Religion ou Idéologie, Métaphysique
[Doctrine matérialiste d’Aristote et du scientisme contemporain,
positivistes inclus, ou scolastique idéaliste de Descartes et de
Kant], et Moralisme.]

Absolutiser le relatif conduit à l’idée de « chose en soi »,
c’est-à-dire indépendante de tout penser, de sorte qu’elle
continuerait néanmoins à exister sans le penser qui la pense.
Contrairement à ce que prétend Kant, l’idéaliste superstitieux
avec son Dieu religieux, il n’y a pas de « chose en soi » : en
dehors de notre penser humain, notre monde et les choses de notre monde
n’ont aucune réalité « absolue », aucune matérialité absolue
présumée reposer sur une matière soi-disant absolue.

Si, par hypothèse, en effet, tous les humains disparaissaient au même
instant, notre monde s’évanouirait avec eux : les choses de ce
monde, naturelles comme artificielles, pourtant si réelles à nos yeux
de vivants, auraient disparu, puisque nul penser humain ne serait plus
là pour les penser. Certes, dans l’hypothèse envisagée, pourraient
subsister encore, pour l’infinité des autres entendements autres
qu’humain, les mondes spécifiques à chacun d’entre eux, pour
autant qu’il resterait encore des modes de ces entendements pour les
penser.

Dans sa définition de la « chose », Brunner établit sa «
non-matérialité », dès lors qu’elle est considérée, en
dernière analyse, comme étant seulement, en réalité : « nos
sensations, la somme de nos sensations, associées à des images
représentatives, le produit de fusion des représentations, lesquelles
sont prises pour la cause de nos sensations ».

Dit autrement, les choses ne sont donc que les objets que nous nous
représentons comme extérieurs à notre pensée, et auxquels nous
relions de façon causale nos sensations, de telle sorte que nous nous
représentons ces « objets-images » comme les stimuli des qualités
perçues dans la spécification du « Sentir » (sensations et
sentiments) de notre entendement pratique, et nous les rendons ainsi
eux-mêmes qualitatifs. En fait, les qualités attribuées aux choses
sont totalement dépendantes du ressenti de l’expérience
sensorielle, et en dehors des qualités sensibles attribuées aux
choses, « les choses ne sont rien » ; elles existent seulement pour
la « relativité » de notre pensée, pour l’expérience de nos sens
dans cette « réalité relative », qui est la nôtre.

L’entendement pratique, qui nous sert à vivre, produit lui-même la
complète vérité de la réalité relative des choses. Ce genre de
connaissance confère aux choses la seule validité qu’elles ont, et
qu’elles doivent avoir, dans la pensée relative où, comme le
déclare Brunner : « Nous sommes complètement matérialistes »,
c’est à dire que les choses, seulement les choses, sont le contenu
de cette pensée. En conséquence de la définition de Brunner, que
reste-t-il réellement dans les choses, celles de notre penser pratique
humain, de leur prétendue matérialité « absolue » reposant sur une
matière soi-disant « absolue » ?
C’est pourquoi il ne saurait être question de continuer à parler de
matérialisme absolu, puisque nous ne connaissons pas de matière
absolue ; l’hypothèse des atomes n’est pas la matière elle-même,
et le matérialisme demeure ainsi sans matière ! Le matérialisme de
Brunner, c’est la doctrine du mouvement universel des choses,
pourtant dépourvu de tout support « absolument » matériel.
Néanmoins, nous devons penser réellement ces choses pour vivre -
fut-ce dans leur « relativité » -, et bien que nous soyons
incapables, matérialistes inclus, de répondre à la question : «
Qu’est-ce qui se meut réellement ? » : pas la matière absolue, en
tout cas !

Notre entendement global ne s’en tient pas là : après avoir dissous
le qualitatif de l’expérience sensorielle dans le quantitatif du
mouvement – mouvement, auquel sont réduites les choses dans le
penser des abstractions ou ratio -, l’entendement pratique nous guide
vers l’essence de notre pensée relative en éclairant le chemin pour
penser la Réalité = Vérité absolue : Esprit, Tao, Idée des Idées,
Père, Substance, Pensant, etc.

Toutefois, à la croisée des chemins entre penser spirituel conduisant
à L’UN absolu, et penser superstitieux menant au « dualisme » des
absolus, la difficulté à suivre le bon chemin pour parvenir à LA
Vérité absolue provient de l’erreur fondamentale de la
quasi-totalité des humains, matérialistes notamment. Le penser
superstitieux confère, en effet, à notre monde relatif une réalité
absolue, et dès lors il essaie de saisir l’Absolu à partir du
relatif : notre monde est là, et bien là, devant nous, devant nos
yeux, et puisqu’il nous semble être absolument réel, il doit bien y
avoir une cause expliquant sa présence ; d’où l’idée d’un
commencement absolu ou « Cause première » de la causalité humaine
infinie, dans la religion, l'idéalisme et le matérialisme. Donnez la
cause première « absolument » réelle au premier ballot venu, à
supposer qu’il puisse y en avoir une, et il vous bâtit le monde à
la manière d’un jeu de construction ! ! !

En réalité, au-delà de leur pensée relative des choses, au-delà de
leurs expériences et de leurs observations, les humains « imaginent
» la Nature remplie de « choses en soi », à savoir des choses
absolues existant « absolument » - c’est-à-dire, même sans eux.
Ainsi la religion et la métaphysique (doctrine matérialiste et
scolastique idéaliste) sont-elles fondées sur ce que les humains
absolutisent, autrement dit sur la fiction de l’ « absoluité » de
notre monde des choses : la réalité seulement relative des choses de
notre monde est superstitieusement prise pour leur réalité absolue
– « superstitieusement », par définition, puisque le relatif est
pris pour l’absolu !

Le monisme matérialiste de Spinoza n’est pas autre chose que la
vérité relative de l’entendement pratique, et s’il est
considéré comme étant sa philosophie, c’est seulement parce que
cette vérité relative est prise pour la Vérité absolue, en raison
de la confusion des facultés. Qui, d’ailleurs, pourra distinguer
l’entendement pratique, celui qui pense la vérité relative, du
penser spirituel pensant la Vérité absolue, si vous-même, philosophe
patenté, déclarez : « Il n’y a pas de raison d’opposer les
scientifiques et les philosophes ; science et philosophie ne sont pas
deux disciplines complètement opposées » ?

Or, c’est seulement dans la troisième faculté, l’Analogon de
l’Esprit, que le relatif est érigé en absolu, à la manière des
monistes ou des monothéistes avec leurs choses absolues, leur espace
et leur temps absolus ou encore leur causalité absolue. Le
matérialisme absolu n’est pas de la philosophie, puisque celle-ci
est l’un des moyens d’expression de l’absolu UN ; elle ne conduit
donc pas au « dualisme » superstitieux de la métaphysique
matérialiste et idéaliste !

Le matérialisme absolu mène à la pensée superstitieuse « dualiste
» de deux absolus en interrelation causale, à savoir un créateur ou
un principe créateur et notre monde ; ce dualisme se retrouve
également dans la « fausse » Psychologie officielle avec sa
séparation radicale entre la pensée et les choses, soi-disant en
interaction. Pour réduire à néant l’idée selon laquelle les
choses et la pensée seraient distinctes, radicalement séparées, je
vous renvoie à la proposition VII de l’Éthique II, qu’il ne vous
est pas davantage interdit de contester. Sur ce même sujet, j'attire
votre attention sur ce mot de Brunner, à propos des tentatives
désespérées du matérialisme et de l’idéalisme pour réunir
(re-unir) corps et esprit, pensée et choses : « Si vous ne voulez pas
avoir à les réunir, ne commencez pas par les séparer ! »

En fait, votre matérialisme sans matière ne diffère du spiritualisme
ou idéalisme, tout aussi dualiste, que par la prééminence accordée
à la matière dans la doctrine matérialiste, et à celle octroyée à
la pensée dans la scolastique idéaliste. Dans leur « absolutisation
des choses », ces deux conceptions dualistes superstitieuses en sont
réduites à inventer un commencement absolu à notre monde : il n’y
avait rien, puis FIAT LUX par la grâce d’un primus motor ou d’un
big bang pour l’une - en attendant la suite ! -, et d’un Dieu
religieux ou idéaliste pour l’autre ; des commencements tout aussi
mystérieux et miraculeux dans les deux cas, puisqu’ils font sortir
quelque chose de rien, du néant.

Toutefois, pour masquer cette aberration intellectuelle et
philosophique, dont il semble avoir honte, le scientisme matérialiste
préfère parler d’un « chaos originel », un magma, à partir
duquel tout aurait évolué - sans dénoncer pour autant ici la
théorie évolutionniste, pourtant de la même veine matérialiste.
Ainsi nous dit le matérialisme : il n’y avait pas réellement «
rien », à proprement parler, mais il y avait quelque chose de si
ténu, de si éthéré, que c’était « presque rien » ! Et, presque
rien pour faire passer la pilule, c’est déjà mieux que rien pour un
matérialiste primaire, c’est-à-dire qui croit ce qu’il voit, à
la manière de saint Thomas !

Il n’empêche que ce chaos originel était forcément dans un «
arrière-monde », comme il en va du Dieu religieux ou idéaliste. En
effet, puisque notre monde n’était pas encore créé, cette énorme
quantité d’énergie à l ‘origine de la gigantesque explosion, ou
big bang, devait bien se trouver quelque part, et ce ne pouvait pas
être dans notre monde, puisqu’il n’existait pas encore.

J’en conclus donc que le Dieu-Créateur et tout principe créateur
sont aussi « extra-mondains » l’un que l’autre. Matérialistes et
idéalistes ont ensuite beau jeu de se reprocher mutuellement leur «
arrière-monde », et de le reprocher aussi aux religieux ! Quoi
qu’il en soit du déroulement du processus matérialiste
d’aujourd’hui, dont les épisodes sont loin d’être terminés
puisque je vous donne à imaginer ce qu’il en sera dans mille ans,
voire dix mille, ce « créationnisme », qu’il soit religieux,
matérialiste ou idéaliste, n’est pas vraiment philosophique ; vous
comprendrez mieux ainsi pourquoi Spinoza parle de « vraie »
philosophie…

Après ce très long préambule pour dénoncer le matérialisme
scientiste dans sa prétention à connaître et à expliquer «
absolument » notre monde et sa prétendue origine, j’ai beaucoup de
mal à saisir l’objet du penser spirituel d’un matérialiste avec
ses « deux » absolus en relation causale transitive ! Chacun peut
admettre aisément la spiritualité, fut-elle superstitieuse, envers le
Dieu religieux ou idéaliste, mais vers qui ou vers quoi se porte
réellement le penser spirituel des matérialistes ?
Assurément, le chapitre « Spiritualité » de votre livre, pages 145
à 151, emprunte à la vraie philosophie l’absoluité, l’infinitude
et l’éternité, notamment, en les opposant à la relativité, à la
finitude et à la temporalité éphémère de notre existence. Une
chose m’échappe, cependant : entre l’Absolu et notre monde, sauf
erreur de ma part, le scientisme matérialiste fait intervenir le big
bang, mais où et à quel moment ?

Pour la philosophie, sachant que matérialisme et idéalisme n’en
sont pas, la relation entre l’Absolu et notre monde, entre l’Absolu
et l’infinité des mondes infinis, ne pose pas de problème au penser
spirituel qui se porte vers l’UN absolu ou Substance de Giordano
Bruno et de Spinoza, sans aucune des marques de religiosité
inhérentes au Dieu-Créateur religieux ou idéaliste de Descartes et
de Kant. Pour un « vrai » philosophe ou un mystique authentique, tels
le Bouddha et le Christ dans leur Parole non pervertie par la
superstition religieuse qui a usurpé leur nom, l’Absolu, quelle que
soit sa désignation : Tao, Idée des idées, Père, Substance,
Pensant, etc. se révèle à toute relativité particulière, la nôtre
comprise, à travers son monde spécifique relatif, qui est sa façon
propre de saisir la Substance.

Pour lever ici toute équivoque entre le Dieu religieux ou idéaliste
de Descartes, de Kant, etc. et le « Dieu » ou Substance de Spinoza,
je dois souligner que le Penser absolu, c'est-à-dire sans
représentations, ne crée pas, au sens superstitieux du terme. Le
Penser absolu, l’Absolu, inspire l’infinité des entendements
infinis et leurs mondes spécifiques, puisque tout pense – omnia
animata ; sans nul doute, pas à la manière humaine ! Si le Penser
absolu n’inspirait pas notre entendement humain spécifique, d’où
nous viendraient nos idéaux du beau, du bon, du vrai, et tous ceux qui
sont associés au moindre concept que nous pensons : liberté et
liberté idéale, c’est-à-dire liberté relative et liberté
absolue, par exemple, comme il en va pour justice et justice idéale,
égalité et égalité idéale, femme et femme idéale, homme et homme
idéal, etc., etc. ?

Assurément, les uns répondraient que nos idéaux et l’Idéal ou
Absolu ou Penser absolu, qui les inspire, proviennent du Dieu
superstitieux religieux ou idéaliste, dont il est aisé de démontrer,
au vu des innombrables contradictions, qu’une telle chimère ne peut
pas exister « absolument ». Le problème est plus ardu pour les
matérialistes, à moins d’admettre, selon l’expression de Brunner,
que « la matière secrète la pensée comme le foie secrète la bile
» ; ce n’est pas pour rien que je parlai ci-dessus de matérialisme
primaire !

Pour terminer, je suis bien obligé de constater que tout est bon à
prendre pour de prétendus « philosophes » médiatisés, qui pensent
« tout et son contraire ». Puisque la spiritualité est à la mode,
et Malraux ne s’y était pas trompé, le matérialisme se devait de
prendre le train en marche, de peur d’être distancé par ses rivaux
Religion et Spiritualisme ou Idéalisme ! C’est pourquoi je relève
des contradictions manifestes résultant de votre volonté de vouloir
concilier à tout prix votre matérialisme « antispiritualiste » et
une spiritualité véritable, c’est-à-dire « à UN absolu », qui
ne se rencontre que dans la vraie philosophie et la mystique
authentique – pas dans la métaphysique avec ses « arrière-mondes
», d’où tout serait sorti.

Ainsi, pour prendre un seul exemple, vous utilisez le terme « immanent
», à propos du Tout, comme si la relation entre le big bang et notre
monde était immanente, en oubliant de préciser ce qui unirait le big
bang à la nature naturante de Spinoza. Que devient donc le big bang du
scientisme matérialiste dans tout « ça » ? Faut-il y renoncer, ou
bien n’êtes-vous plus matérialiste, mais spinoziste converti..? !

Autant d’objections et de questions, auxquelles je vous invite à
répondre, et dans cette éventualité hautement improbable, je vous
remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur, mes
salutations distinguées.
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