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Article #46

Ségolène et liberté d'expression

#46
From: erictoulouse
Date: Wed, 22 Nov 2006 07:47
461 lines
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            Ségolène et liberté d'expression



Le 22 novembre 2006

Objet :
« Moralisme et liberté d’expression »


Madame Ségolène Royal
Parti Socialiste
10 rue de Solferino
75007 PARIS
Fax : 01 47 05 15 78

 [A l’attention du Bureau directeur et des élus socialistes]


Madame,


Votre condamnation « moralisatrice » bien-pensante des récents
propos de George Frêche sur la composition de l’équipe de France de
football est une atteinte incontestable au principe de liberté
d’opinion et d’expression au nom de la morale, et elle augure fort
mal de votre intention affichée de changer la France - voire le monde,
tant qu’à y être ! -, sans reparler en détail ici de votre
fallacieuse promesse d’instaurer un prétendu « ordre juste »,
dénoncée par ailleurs comme une « aberration intellectuelle et
philosophique mensongère » - cf. lettres des 4 et 17 septembre ainsi
que celle  du 5 octobre 2006, toujours à votre disposition.

Toutefois, vous n’avez pas daigné pour autant en débattre,
c’est-à-dire apporter au moins des arguments, sur l’un ou
l’autre plan, pour conforter votre proposition qui s’avère être
une « impossibilité absolue », philosophiquement parlant, comme cela
peut être aisément démontré, à condition de ne pas refuser le
véritable débat d’idées.

Par « véritable » débat d’idées, j’entends celui qui ne
consiste pas à opposer « à l’infini » des points de vue «
relatifs partisans » à d’autres, tout aussi relatifs et partisans,
mais à les confronter, tous sans exception, à LA Vérité éternelle
absolue : celle qui met un terme définitif, un arrêt indépassable,
à notre entendement humain, et qui est exempte de toute contradiction
ou incohérence, car le « VRAI » ne saurait être « absolument »
vrai, dès lors qu’il comporte une seule contradiction, voire un
position opposée.

Par son caractère « absolu », dont je suis tout disposé à
débattre, LA Vérité éternelle invalide toutes les vérités de
notre monde humain, y compris celles de la Science, en les renvoyant à
leur « relativité », alors que la superstition moraliste ou
moralisme [Morale et condamnation moralisatrice des « autres », au
nom de LA Morale : laquelle ?], à l’exemple de la superstition
religieuse, toutes religions confondues – monothéistes ou non -,
métaphysique [Doctrine matérialiste et scolastique idéaliste], et
idéologique – toutes les idéologies sans exception –
altermondialisme inclus -, les fait fictivement passer pour autant de
vérités absolues. Cette « relativité » incontestable a déjà
été illustrée par la devise bien connue : « Vérité en deçà des
Pyrénées, erreur au-delà », mais elle n’empêche pas pour autant
de continuer à condamner moralement ici ce qui est accepté là-bas !
Libre à vous de contester ce point de vue, à la condition expresse
d’établir rationnellement et philosophiquement le contraire…

La superstition moraliste contemporaine continue assurément à se
fonder sur la religion, avec les conséquences funestes constatées sur
la marche du monde au nom des divers « Dieux » et de leurs morales
plurielles, mais de surcroît aujourd’hui sur le catéchisme
soi-disant universel contemporain ou Déclaration universelle des
droits de l’homme, dont chacun, sauf à être déficient mental ou de
mauvaise foi, est bien obligé de constater qu’il se caractérise
seulement par son inobservation réellement universelle, attestée par
l’actualité internationale la plus brûlante.

Or, dans la religion comme dans l’idéologie, le moralisme se fonde
précisément sur trois fictions consistant précisément à «
absolutiser le relatif », ce qui est le critère fondamental de la
Superstition dans les divers modes d’expression évoqués ci-dessus.

La première fiction concerne les valeurs morales relatives de Bien et
de Mal que des « censeurs autoproclamés » s’autorisent à
décréter « absolues », à « absolutiser », au mépris de LA
Vérité puisque tout est relatif et rien n’est absolu dans notre
monde humain – sauf à vous d’établir le contraire ! Ce véritable
tour de passe-passe, transformant des vérités relatives en Vérité
absolue, permet ensuite de « museler » l’opinion au profit d’une
bien-pensance représentée par des « vertueux » dont la
caractéristique principale est de reprocher aux autres ce qu’ils ont
fait hier, et qu’ils recommenceront demain à la première occasion
où leurs intérêts de toutes sortes l’exigeront, quitte à
pratiquer une morale à sens unique et une politique du « deux poids,
deux mesures ».

Pour imposer à l’opinion ce qu’il est « bien » de penser, à
savoir le trop fameux « politiquement correct », et ce qu’elle est
autorisée à dire publiquement, car l’anonymat des urnes et des
sondages bouleverse la donne, l’époque actuelle dispose d’un
puissant réseau médiatico-financier dont le matraquage
politico-médiatique incessant a recours, le cas échéant, au
terrorisme intellectuel d’Etat au moyen d’une Justice aux ordres,
qui condamne a priori sans analyser au fond. Ainsi tel mot sert-il aux
« bien-pensants » à couvrir d’opprobre leurs opposants - en clair,
ceux qui contrarient leurs intérêts de toutes sortes : comme si un
mot pouvait faire l’objet d’un consensus absolu, sauf à
absolutiser précisément sa signification au gré des circonstances
favorables ou défavorables pour les uns et les autres.

La seconde fiction du moralisme se rapporte à la division artificielle
des humains en deux catégories, très pratique pour jeter des
anathèmes et autres condamnations moralisatrices sans réel fondement,
hormis le recours à la première fiction. Elle consiste, en effet, à
distinguer « deux » catégories d’humains : les bons, les «
vertueux », aujourd’hui les soi-disant antiracistes, et les
méchants, les « salauds », les racistes.

En vertu de cette division, les uns seraient sur Terre pour accomplir
le Bien absolu, tandis que les autres auraient été condamnés – par
qui ou par quoi..? ! – à servir les desseins d’un Diable
maléfique dans son œuvre de Mal absolu ! En clair, le choix est le
suivant : soit il y aurait « deux » natures humaines, l’une à
l’usage des bons, une sorte d’élection divine pour ainsi dire, et
l’autre réservée de toute éternité aux méchants, soit certains
privilégiés échapperaient - par miracle ! – à la seule et unique
nature commune aux six milliards et quelques humains aujourd’hui, et
demain aux neuf milliards d’individus sur Terre, sans préjuger de
leur nombre dans plusieurs siècles au rythme de l’accroissement
actuel. En conséquence, il y aurait donc des individus privilégiés
par la Nature à leur conception, mais plus sûrement d’innombrables
« hypocrites » sur la planète…

Sur ces considérations générales à propos des mensonges de la
superstition moraliste, je vous renvoie à la condamnation sans appel
dépourvue de toute connotation moralisatrice, remontant à bientôt
deux mille ans, et dénonçant déjà sans ambiguïté cette « fable
» des bons et des méchants, dont la longévité semble être un
témoignage indiscutable de la pérennité de la nature humaine. Le
Christ, dans sa Parole non pervertie par la superstition religieuse qui
a usurpé son nom, avait saisi LA Vérité absolue, et c’est pourquoi
sa voix continue à se faire entendre parmi les non-superstitieux :
ceux qui ne confondent pas relatif et absolu dans leur «
absolutisation du relatif » exprimée par les deux fictions
dénoncées ci-dessus.

Lui, simple mortel, ni fils de Dieu ni « Dieu fait homme » selon des
expressions prises au premier degré, c’est-à-dire religieusement
parlant, avait fort justement compris qu’il n’y a ni Bien ni Mal
absolus, et pas davantage les bons et les méchants, que ce soit par
nature, ou à travers leurs comportements quotidiens où chacun se
conduit, tantôt en « vertueux », tantôt en « salaud », avec
assurément des différences de degré selon les circonstances et
l’intensité de ses aspirations et intérêts égoïstes dans ses
affaires d’amour, d’argent et de gloire ou honneur-vanité.

Que les uns et les autres affirment aujourd’hui du christianisme, en
tant qu’un des modes d’expression de la superstition religieuse, ce
que le Christ, mystique authentique, n’a jamais dit réellement –
cf. ci-dessus - témoigne seulement de leur penser superstitieux,
source de la perversion de ses propos de Vérité !

La troisième fiction de la superstition moraliste consiste à se
fonder en outre sur la croyance en un illusoire « libre arbitre », en
vertu duquel, comme le prétendent notamment les « politiques »,
toutes tendances confondues, il suffirait de « vouloir pour pouvoir
», comme l’atteste cette déclaration de Jack Lang : « Quand un
gouvernement veut, il peut » ! Or ceci est un énorme mensonge facile
à réfuter aussi bien sur le plan intellectuel que philosophique,
comme cela a été fait par Spinoza, dont la « nécessité » ou
déterminisme infini, y compris de notre monde lui-même, non seulement
est exempte de toute contradiction, mais permet d’invalider toutes
les promesses fondées sur le seul « libre arbitre » ; comme le
confirment les propos suivants de Mikhaïl Gorbatchev : « Rien ne peut
être fait hors du cadre d’une nécessité supérieure », laquelle
n’est rien d’autre que la nécessité spinoziste ! Pendant combien
de siècles encore, voire combien de millénaires encore, les «
politiques » - et pas seulement eux ! - continueront-ils donc à
colporter les sornettes de la superstition idéologique et moraliste en
trompant ainsi les humains ..?

Ce long préambule sur la superstition moraliste, auquel tout candidat
potentiel à la magistrature suprême devrait, sinon adhérer ipso
facto, mais tout au moins accepter de débattre, éviterait de
continuer à condamner moralement, superstitieusement, les « autres »
; et ce, du seul fait que, face à l’Idéal, chacun est forcément
coupable, coupable de crime de lèse-Idéal !

J’en viens pour terminer à la déclaration du « sélectionneur »
Georges Frêche, que j’approuve presqu’entièrement sur le fond, à
la réserve de taille près que tous les « Blancs » ne sont pas nuls
en football, comme le onze Italien, remplaçants compris, vient de le
démontrer. Pour le reste, l’opinion de Georges Frêche n’est pas
seulement partagée par Alain Finkielkraut, mais par nombre de
supporters de la quasi-totalité des autres équipes européennes
qu’il n’est pas nécessaire de citer ici, puisque « cela se voit
» sur le terrain !

En quoi serait-il « moralement » condamnable de constater et de dire
que neuf joueurs de couleur dans l’équipe de France de football
n’est pas représentatif de la composition « actuelle » de la
population française, sauf aux partisans de la discrimination positive
– donc d’une rigoureuse « proportionnalité » égalitariste ! –
d’établir le contraire. Par ailleurs, puisque l’occasion est
propice aux « bien-pensants » pour revenir sur les harkis, y a-t-il
à leur sujet une seule et unique vérité, ou bien les anciens
combattants du FLN n’ont-ils pas aussi le droit de les considérer
comme « traîtres » à leur cause, puisqu’ils étaient
implicitement partisans de l’ « Algérie française » - sinon
pourquoi combattre avec notre armée? En clair, si la cause servie par
les harkis et autres supplétifs avait triomphé, l’Algérie serait
aujourd’hui encore française : vous avez dit « simple détail de
l’Histoire »..? !  C‘est compliqué un monde « relatif », mais
ce n’est pas une raison pour « absolutiser » les points de vue des
uns pour condamner moralement ceux des autres !

La supercherie de la superstition moraliste consiste, ici comme
ailleurs, à accorder le « monopole de la vertu » aux partisans de
toute vision du monde qui se targue de « transposer l’Idéal dans le
quotidien », quitte à colporter les mensonges les plus éhontés,
comme il en va de l’idée aberrante de promettre l’avènement
d’un monde « parfait » avec des humains « imparfaits » : un
sacré défi à la Raison !

Concrètement, puisque tout est relatif dans notre monde, rien n’est
absolu, et donc TOUT ce qui est humain comporte à la fois du « pour
», des avantages, du positif, et du « contre », des inconvénients,
du négatif, dont chacun juge ensuite seulement à l’aune de ses
intérêts égoïstes ; nos opinions, nos jugements, nos engagements et
nos luttes ne dépendant que de notre seul égoïsme, et pas d’un
illusoire « intérêt général » - sinon pourquoi tant de divisions
dans un même camp, par exemple ?

De ce fait, RIEN n’autorise à encenser les uns et à blâmer
moralement les autres en vertu de leurs opinions. En quoi les partisans
de la peine de mort, dont Emmanuel Kant en son temps, seraient-ils plus
vertueux que les abolitionnistes, surtout lorsque l’on prend en
compte cette question à l’échelle de la planète, où les «
vertueux » en ce domaine ne sont pas toujours ceux que l’on croit,
mais souvent ceux qui dénoncent l’atteinte à la vertu chez les
autres..? ! Il en va de même pour tous les grands sujets actuels de
société, avortement, euthanasie, mariage des homosexuels, OGM, etc.,
etc., dont aucun ne justifie que leurs partisans ou leurs détracteurs
soient considérés « moralement » en vertu de leurs opinions comme
étant, respectivement, les bons et les méchants. Ainsi, par exemple,
seule la « débilité intellectuelle » de l’époque a pu faire
croire qu’une quelconque chose humaine, colonisation en
l’occurrence, pouvait contenir « exclusivement » du négatif, et
voilà comment se forge l’idée du Mal absolu, source de
condamnations moralisatrices très « juteuses » pour les censeurs
autoproclamés avec leur morale à sens unique et leur pratique du «
deux poids, deux mesures » : vous avez dit « justice » ou « ordre
juste »..? !

Pour revenir aux propos dénoncés, Georges Frêche a de la chance
d’être « socialiste », sauf à votre Parti de le renier, et donc
de l’exclure, puisqu’« il fait tache » : pire, c’est un
multirécidiviste ! Imaginez un instant que les mêmes propos aient
été tenus par un responsable politique porte-parole de plusieurs
millions de citoyens-électeurs, Jean-Marie Le Pen en l’occurrence,
et la France des bien-pensants hypocrites se serait déversée par
centaines de milliers de « marcheurs » dans les rues, à l’exemple
du printemps 2002, malgré la déclaration intellectuellement honnête
du candidat éliminé, Lionel Jospin, publiée par Le nouvel
Observateur (n°1956 du 2 mai 2002) : « Arrêtons de nous raconter des
histoires. Nous ne sommes pas dans une situation préfasciste. »

Néanmoins, dans ces diverses occasions, la liberté d’expression est
bafouée par la superstition moraliste qui interdit, censure et
condamne sans jamais débattre. Voilà en quoi votre récente
déclaration augure mal de votre intention de changer la France, à
défaut de changer le monde, puisque demain sera comme aujourd’hui en
matière de liberté d’expression, mais également en tout autre
domaine puisque rien n’est absolu sur Terre. Même le catéchisme
soi-disant universel contemporain n’a pas pu se sortir du piège
consistant à vouloir « transposer l’Idéal dans le quotidien »,
comme le font ressortir deux de ses articles, dont l’un vise à la
liberté absolue, tandis que l’autre, plus réaliste, se voit
contraint de « relativiser » la liberté en matière d’expression !
C’est pourquoi liberté, égalité et fraternité resteront à jamais
de vains mots dans un monde où tout est relatif  - de ce fait, un
monde seulement « plus » juste demeurera encore un monde « injuste
» !

En conclusion, toutefois, je trouve particulièrement malvenu de
condamner sur une base moralisatrice les propos de Georges Frêche et
de tant d’autres prétendus « racistes », lorsque l’on a été
ministre d’un ancien « collaborateur » notoire,  avéré par une
amitié indéfectible avec René Bousquet, et une certaine décoration
officielle d’alors pour services rendus – sinon pourquoi..? ! Ou
bien vous faut-il une photographie pour attester mes dires..? !

Que ceci puisse vous servir à davantage de pondération dans vos
condamnations moralisatrices sommaires, indignes d’un chef d’Etat
qui devrait s’élever au-dessus de ses opinions partisanes, et de
celles de la multitude faussement – hypocritement ! - «
bien-pensante » !

Dans l’attente de vos objections éventuelles, je vous remercie de
votre attention et vous prie d’agréer, Madame, mes salutations
distinguées.
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