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Article #5413Washington, Bagdad et la B�te Immonde
From: Boris Borcic
Date: Mon, 17 Nov 1997 00:00
Date: Mon, 17 Nov 1997 00:00
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A propos de la (derni�re) crise Irakienne La solution finale hitl�rienne est une esp�ce d'arch�type : mais le refus d'y comparer quoi que ce soit d'autre vide son souvenir de sens. "Fasciste" est une insulte qui n'insinue plus n�cessairement l'amour d'Hitler ou de Mussolini. Ne devrait-on pas, � l'exemple de cet usage p�joratif, expliciter une d�finition du fascisme qui ne d�pende plus d'eux ? L'auteur Primo Levi donne une piste : le fascisme serait d'abord le vecteur infectieux du massacre, et le massacre le moyen diabolique de r�aliser ce qui est autrement impossible, effacer une V�rit� publique. En faisant dispara�tre tous les membres d'une communaut�, on fait en effet dispara�tre la V�rit� qu'ils connaissent les uns des autres. La fascination des SS, pour cet "anti-miracle" qu'ils croyaient r�ussir, est saillante dans le t�moignage que nous a laiss� Primo Levi des camps de la mort. L'importance d'une d�finition "non-hitl�rienne" du fascisme est d�montr�e par l'existence de fascismes anti-hitl�riens, qui se sont manifest�s par deux fois depuis le d�but de la d�cennie. Il y a eu le viol de la Bosnie, par un nationalisme serbe qui s'�tait fait une l�gitimit� de combattre une Croatie "comme gouvern�e par un r�dempteur d'Hitler", et une Bosnie "comme gouvern�e par une imitation de Khomeiny". Et peu avant, il y a eu le massacre - ce n'�tait pas une bataille - de "Desert Storm", men�e soi-disant pour d�mettre un tyran, apr�s avoir affirm� qu'il �tait semblable � Hitler. Vue d'Europe, la haine sans compassion, de Washington pour l'Irak de Saddam, est ais�ment d�nonc�e comme d�termin�e seulement par un int�r�t p�trolier. Ce jugement manque pourtant de chercher � comprendre le coeur de l'Am�rique fi�re d'elle-m�me, laquelle "sent bien" qu'elle a "raison" d'�tre fid�le � son d�sir de "sodomiser" Saddam Hussein au nom de la Justice. Hormis l'exag�ration �vidente du danger que le personnage repr�sente encore pour la communaut� internationale, que pourrons-nous trouver � la d�charge du sentiment des Am�ricains qu'il soit juste de pareillement martyriser tout un peuple avec la complicit� de son tyran, au nom de la haine et des peurs que nous inspirent ce dernier ? Il faudrait admettre qu'inconsciemment l'Am�rique tienne pour contingent le triste sort inflig� aux Irakiens, et que ce sort ne d�pende que de la r�sistance ou de l'�veil des Etats-Unis � une autre solution, confus�ment ressentie, laquelle justifierait de rester cat�gorique avec le tyran. Les Etats-Unis sont un pays o� l'on a depuis longtemps cess� d'�tre attentif � distinguer, en mati�re de danger, d'injustice ou de courage, le r�el du simulacre. Or il y a bien, au "probl�me Saddam Hussein", une solution simple et �quitable, qui impr�gne le cin�ma hollywoodien, et dont les Am�ricains, sans savoir lui donner de formule concr�te, ressentiraient de ce fait la possibilit�: la solution serait que leur pr�sident, ou un semblable "h�ros national par d�finition", tel Mr Bush ou Mr Schwartzkopf, affronte Saddam Hussein en duel d'homme � homme. Comme dans ces bons vieux westerns, dont venait le pr�sident Reagan. L'on pourrait anticiper, pour les r�futer une � une, les objections � l'apparente incongr�it� d'un tel "combat des chefs". Mais il est plus bref de d�noncer ensemble ces objections, comme l'expression commune d'un refus de prendre au s�rieux cette solution alternative - de la prendre au s�rieux avec une imagination et une r�solution semblables � celles investies dans l'attitude actuelle. Un refus non pas justifi�, mais simplement motiv� par la n�cessit� d'ouvrir alors les yeux sur le fascisme plus que latent, de la route d�j� prise. Si l'on continue, sans jamais imaginer de mettre la vie d'un chef du camp occidental en jeu, alors qu'on aurait ainsi une chance tr�s concr�te de r�gler enfin son compte � ce Satan d'Irak, si l'on continue de pr�f�rer ainsi tuer et affamer les Irakiens, pour "atteindre" ou "contenir" inefficacement Saddam Hussein, c'est bien qu'on partage, avec ce tyran, la notion que la vie d'un nombre litt�ralement ind�fini d'Irakiens vaut de toutes les fa�ons moins que la vie d'un seul chef. Et cela nullement parce qu'on tient le chef pour irrempla�able : les campagnes �lectorales des USA malm�nent chroniquement un monde qui aurait mieux � faire. Une iniquit� aussi extr�me dans les valeurs relatives accord�es aux vies humaines, n'est-elle pas au coeur de l'�me du fascisme? - Boris Borcic -- "On na�t tous les m�tres du m�me monde"
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